Témoignage des bons et mauvais usages : en plus de 15 ans de pratique des arts martiaux, il m’est arrivé d’utiliser mes poings en dehors du dojo. Si cela a pu m’aider en situation d’agression, je n’ai pas toujours respecté les valeurs du karaté. Et ça, c’est parce que en tant que femme nous avons toujours quelque chose à prouver.

La bonne utilisation des arts martiaux en dehors du dojo : la protection

Savoir garder son sang froid lors d’une agression, l’atout du contrôle de soi

Lorsque j’étais encore au lycée, mes amis et moi avons été victimes de racket. Plusieurs jeunes nous ont encerclés par surprise pour nous réclamer nos téléphones.
Comme toute personne normale, j’ai d’abord paniqué. Je me suis ressaisie et ai rapproché mon sac à main près de moi. J’ai positionné mes bras en garde de combat, pour protéger mes poings vitaux, j’étais prête à me protéger.

Je ne dirai pas que la peur n’était plus là, mais j’arrivais à la contrôler. J’ai dit « non » fermement quand on m’a demandé mon téléphone, et me suis éloignée dès que j’ai pu. Le karaté est un sport de défense, pas d’attaque. Mon sensei m’a toujours conseillé d’éviter le combat si on le peut. Rien ne me disait que ce jeune n’avait pas un couteau sur lui, et savoir se battre ne donne pas la garantie de l’emporter.

Le karaté pour se protéger du harcèlement scolaire

Comme beaucoup de pratiquants qui ont commencé jeunes, mes premiers combats en dehors du dojo se sont déroulés dans la cour de récrée.
Étant victime de harcèlement scolaire, j’ai eu droit à beaucoup de surnoms dégradants. Un jour, j’en ai eu marre, alors j’ai hurlé « le prochain qui m’appelle la naine je le frappe ». À peine quelques secondes plus tard, un de mes camarades s’est exécuté, alors moi aussi. Il a reçu un yoko geri en plein dans le genou, et c’était la dernière fois que l’on m’a appelé « la naine ».

Qui aurait cru que la toute petite fille à lunette toute timide lançait de gros mawashi dans les couloirs ? Et ce n’était pas les garçons qui allaient rapporter aux professeurs qu’une fille les avait blessés, ils avaient bien trop de fierté pour cela.

Les fois où j’ai frappé un peu trop fort pour m’affirmer en tant que femme

Mes bagarres de bar, quand une femme veut prouver qu’elle sait frapper

Alors que je dansais dans un bar, un homme a commencé à me filmer à mon insu. Il a refusé de s’arrêter, j’ai donc explosé son téléphone au sol. Il m’a insultée, je l’ai frappé en plein dans le nez.

J’ai dit dans le bar, un peu trop fort, que j’étais encore prête à me battre. Je ne maîtrisais pas encore complètement le concept d’humilité à l’époque. Un homme ne m’a pas pris au sérieux, il a voulu « tester » mes capacités.
Je ne sais pas si c’était un vrai coup de poing, ou si c’était pour rire, mais j’ai vu un bras attaquer en ma direction. J’ai instantanément paré et contre-attaqué. J’ai mal dosé ma force et il a saigné du nez…

Quand j’ai laissé de côté l’humilité pour être considérée

Ce n’était pas une conduite digne d’une bonne karatéka. J’ai surréagi car une fois de plus mes capacités de combattante n’ont pas été prises au sérieux. En tant que femme, le monde nous oblige à faire toujours plus que les hommes, nous devons prouver notre valeur. Au dojo je suis respectée, dans la société, c’est plus dur de rester humble quand on ne se sent pas considérée.
Nos capacités de combattantes sont jugées et remises en question. Alors quand on est jeune, on en perd la notion fondamentale d’humilité et de contrôle de soi, parce que l’on veut prouver au monde et aux hommes notre valeur.

Le plus étonnant, c’est qu’une fois ma ceinture noire obtenue, ce genre de discours a cessé. Les hommes ont enfin commencé à me reconnaître en tant que pratiquante. Vous trouvez ça normal vous ?