Le règlement UCI ne laisse que peu de latitude aux fabricants pour innover sur les formes de cadres destinés à la compétition route. Pourtant, certains modèles homologués se retrouvent sur des lignes de départ en triathlon, bousculant les frontières entre disciplines. Le Van Rysel RCR-F PRO Inferno, poussé par une promesse d’aérodynamisme avancé, s’inscrit dans cette dynamique où compromis et spécialisation s’affrontent. L’écart persistant entre les attentes des triathlètes et les exigences du cyclisme sur route soulève des interrogations concrètes sur la pertinence de ce choix, autant sur le plan technique que sur les retours terrain.
Van Rysel RCR-F PRO Inferno : ce que révèle l’analyse technique et aérodynamique
Le RCR-F PRO Inferno n’a rien d’un simple coup d’éclat marketing. Van Rysel fait parler la poudre, fort d’une conception lilloise qui ne s’est pas contentée de la théorie. Testé sur les pavés mythiques du Paris-Roubaix, le cadre exploite une fibre de carbone haut module, à la fois nerveuse et rigide, taillée pour la vitesse. L’association avec Swiss Side va bien au-delà du nom sur la boîte : analyses CFD, soufflerie, et l’intervention directe de l’ONERA ont permis de grappiller 13 watts à 45 km/h face au RCR classique. Un chiffre qui, pour un triathlète, n’est pas un détail sur une épreuve longue distance.
La géométrie du RCR-F penche franchement vers l’agressivité : douille de direction basse, triangle arrière compact, le vélo appelle aux relances puissantes et aux positions rasantes. Le cockpit DEDA Combo et ses ergodrops (12° de flare) épousent la main dans la durée, tout en sécurisant la trajectoire. Côté aérodynamisme, chaque élément a été poussé au maximum du règlement : tige de selle, fourche, triangle arrière, tout s’aligne sur le fameux ratio 8:1, la limite fixée par l’UCI. Les roues Swiss Side HADRON² et les pneus Continental GP5000 parachèvent le tableau, taillés pour trancher l’air.
Sur la balance, le RCR-F2 Pro affiche 7,5 kg, tandis que la version Pro Inferno pointe à 8 kg, des valeurs qui le placent dans le haut du panier des vélos aéro du marché. Freins à disque, transmission Shimano Di2 (105, Ultegra, Dura-Ace), capteurs de puissance : le montage ne laisse rien au hasard et vise sans détour la performance. Malgré son ADN route, le choix des équipements, du cadre aux pneumatiques, oriente ce vélo vers les triathlons rapides et les épreuves où chaque seconde grappillée compte.
Que vaut le RCR-F PRO Inferno pour le triathlon face aux références du marché ? Retours d’expérience et comparaisons
Sur le plan technique, le RCR-F PRO Inferno se pose en challenger crédible dans la catégorie très disputée des vélos aéro pour triathlètes. Son cadre en fibre de carbone haut module, sa géométrie affûtée et les roues Swiss Side HADRON² lui confèrent un avantage certain sur les parcours plats ou légèrement vallonnés, où la constance et l’efficacité aérodynamique sont décisives. La collaboration technique avec Swiss Side et l’ONERA donne un résultat rarement vu à ce niveau de prix, avec un gain mesuré de 13 watts à 45 km/h qui fait la différence lors des longs efforts.
Pour mettre en perspective, voici quelques points de comparaison utiles avec des modèles concurrents :
- Trek Madone, Canyon Aeroad, Specialized Venge et Cervélo S5 : tous affichent une rigidité et un rendement remarquables, mais le Van Rysel n’a pas à rougir, même si son tempérament reste plus route que véritablement polyvalent.
- Le poids, entre 7,5 et 8 kg selon la version, place le RCR-F PRO Inferno dans la fourchette des meilleures machines dédiées à la performance pure.
- Freins à disque hydrauliques, transmissions électroniques Shimano ou SRAM, capteurs de puissance : l’équipement n’accuse aucun retard technologique.
Les retours des utilisateurs mettent en avant plusieurs atouts et limites, qui méritent d’être précisés :
- Le vélo se distingue par sa nervosité lors des relances et une stabilité sans faille à haute vitesse. Les longues sorties ne lui font pas peur, le cockpit permettant de tenir la position sur plusieurs heures.
- Un bémol récurrent : l’absence de compatibilité native avec des extensions de guidon. Pour les puristes du chrono et du long, ce détail pèse dans la balance.
- Côté prix, le RCR-F PRO Inferno reste abordable, oscillant entre 5 500 et 8 500 euros selon les options, quand la concurrence dépasse largement la barre des dix mille euros.
La gamme Van Rysel cible sans détour les triathlètes qui visent la performance brute, sur des parcours rapides, et pour qui l’efficacité prime sur la polyvalence. Mais si l’on cherche un vélo transformable à volonté, capable de tout faire, alors le RCR-F PRO Inferno montre clairement ses préférences : il vit pour la route, et il ne s’en cache pas.
Sur la ligne de départ, ce Van Rysel ne promet pas de tout faire, mais il excelle là où la vitesse et l’audace sont la norme. Reste à savoir si vous êtes prêt à l’emmener là où la route ne pardonne rien.


